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Le futur de l’IA est africain… et féminin

• Publié le 9 mai 2026

Le futur de l’IA est africain… et fémininIA  ·  ROBOTIQUE  ·  DIVERSITÉ Femmes, IA et Robotique Concevoir les technologies de demain .Des chercheuses africaines sénégalaises, éthiopiennes, kényanes, marocaines transforment l’intelligence artificielle mondiale depuis leurs laboratoires et universités

INTRODUCTION

Un terrain à conquérir, un avenir à construire

Qui a écrit le premier algorithme de l’histoire ? Une femme. Ada Lovelace, en 1843. Qui a inventé le compilateur informatique ? Une femme. Grace Hopper, en 1952. Qui a révélé les biais racistes des systèmes d’IA vendus par IBM, Microsoft et Amazon ? Deux femmes Joy Buolamwini et Timnit Gebru dans une étude publiée en 2018 qui a changé l’industrie.

Pourtant, aujourd’hui, les femmes restent sous-représentées dans l’IA et la robotique mondiale. Cette réalité ne décourage pas une nouvelle génération de chercheuses africaines et internationales qui construisent, étude après étude, un monde technologique plus juste et plus inclusif. Voici leurs histoires réelles, vérifiées, et inspirantes.

22 %des professionnels de l’IA sont des femmes (UNESCO)2 000+langues africaines sans outil NLP fonctionnel35pays africains dans le programme AWITAI UNESCO

Cinq femmes qui font avancer l’IA pour de vrai


ABDAdji Bousso DiengProfesseure à Princeton  ·  Chercheuse IA chez Google Brain  ·  Fondatrice de « The Africa I Know »
Senegal  ·  Etats-Unis
Née à Kaolack, au Sénégal, Adji Bousso Dieng a grandi dans un contexte où les bourses pour les filles africaines en sciences étaient rares. C’est grâce à un concours organisé par la Fondation Pathfinder pour les filles africaines en STIM qu’elle a pu étudier à l’etranger.Elle a obtenu un diplome d’ingenieure a Telecom Paris, un Master a Cornell, puis un doctorat en statistiques a l’universite Columbia — recompense par la bourse Google PhD Fellowship et le prix Savage Award, dont elle est la premiere femme noire laureate depuis sa creation en 1977.Après des stages chez Microsoft Research, Google DeepMind et Facebook AI Research, elle a rejoint Google Brain en 2019, puis Princeton en 2021 pour diriger le laboratoire Vertaix. Elle a fondé The Africa I Know (TAIK), valorisant les parcours africains en IA et finançant l’éducation dans les régions défavorisées.
« Je veux montrer aux jeunes Africains ce qu’ils peuvent accomplir — pas pour les impressionner, mais pour leur dire que c’est possible. »— Adji Bousso Dieng, fondatrice de The Africa I Know

Sources : Wikipedia FR, Telecom Paris, Google Scholar

TGTimnit GebruChercheuse en IA éthique  ·  Fondatrice de DAIR  ·  Co-fondatrice de Black in AI
Ethiopie  ·  Etats-Unis
Née à Addis-Abeba, Timnit Gebru a fui une violence politique à l’âge de 16 ans et a demandé l’asile aux Etats-Unis. Elle a obtenu son doctorat au laboratoire d’intelligence artificielle de Stanford. Pendant ses études, elle a cofondé Black in AI, une organisation qui milite pour la représentation des chercheurs noirs dans l’IA.En 2018, elle a co-signé avec Joy Buolamwini l’etude « Gender Shades », démontrant que les systèmes de reconnaissance faciale d’IBM, Microsoft et Amazon avaient des taux d’erreur jusqu’à 34 % plus élevés pour les femmes à peau foncée que pour les hommes blancs.En 2020, elle a été licenciée par Google alors qu’elle co-dirigeait l’équipe d’éthique en IA après avoir refusé de retirer un article scientifique. Elle dirige aujourd’hui le DAIR Institute (Distributed AI Research), qui documente l’impact de l’IA sur les populations marginalisées.
« Je ne m’inquiète pas que les machines prennent le contrôle du monde. Je m’inquiète de la pensée de groupe, de l’arrogance et de l’insularité dans la communauté IA. »— Timnit Gebru, fondatrice du DAIR Institute

Sources : Wikipedia FR, Carnegie Corporation, HandWiki

JBJoy BuolamwiniChercheuse au MIT  ·  Fondatrice de l’Algorithmic Justice League
Ghana  ·  Etats-Unis
Étudiante au MIT, Joy Buolamwini a découvert que le logiciel de reconnaissance faciale ne détectait pas son visage — mais celui de ses camarades à peau claire, oui. Elle a du finir son projet en portant un masque blanc pour etre reconnue par la machine.Plutôt que de passer outre, elle en a fait l’objet de sa thèse, puis de l’étude « Gender Shades » co-rédigée avec Timnit Gebru. Elle a fondé l’Algorithmic Justice League (AJL). Son TEDx Talk sur les biais algorithmiques a dépassé le million de vues.Elle siège au Global Tech Panel de la Commission européenne et a obtenu que Google, IBM et Microsoft améliorent leurs systèmes. Elle a publié son livre Unmasking AI en 2023.
« Nous méritons tous une IA équitable et responsable. Si vous le croyez, vous pouvez devenir un agent du changement. »— Joy Buolamwini, fondatrice de l’Algorithmic Justice League

Sources : MIT Media Lab, AJL.org, Wikipedia FR, MIT Technology Review

KSKathleen SiminyuChercheuse NLP  ·  Mozilla Foundation  ·  Co-fondatrice de Masakhane
Kenya
Kathleen Siminyu a commencé sa carrière dans une entreprise de télécommunications à Nairobi, où elle a réalisé que les outils numériques ne fonctionnaient quasiment pas pour les langues africaines.Elle a cofondé Masakhane, une communauté panafricaine de recherche NLP sur les langues africaines, officiellement enregistrée comme fondation. En tant que coordinatrice régionale pour AI4D Africa, elle a mobilisé des fonds pour des communautés de recherche sur tout le continent.Chez Mozilla Foundation, elle a travaillé comme Machine Learning Fellow pour construire des jeux de données vocaux en kiswahili et développer des modèles de transcription pour les domaines agricole et financier.
« L’inclusion dans la technologie linguistique n’est pas un patch que vous ajoutez à la fin — c’est quelque chose auquel vous pensez depuis le début. »— Kathleen Siminyu, Masakhane Research Foundation

Sources : Mozilla/Changelog Podcast, Unite.AI, ACL Anthology, LocWorld

MGMaha GmiraProfesseure en IA  ·  EIDIA Maroc  ·  Chercheuse en optimisation
Maroc  ·  Canada
Maha Gmira a obtenu un diplôme en génie industriel à Polytechnique Montréal, où elle s’est engagée pour la représentation des femmes en génie via la Chaire Marianne-Mareschal. Elle a ensuite réalisé un doctorat sur la science des données pour la prise de décision en temps réel.Rentrée au Maroc, elle enseigne a l’EIDIA — la seule école africaine d’excellence spécialisée en IA, sciences des mégadonnées, robotique et cybersécurité. Elle milite contre la fuite des cerveaux africains en IA en créant des formations de qualité sur le continent.
Sources : Polymtl.ca / Magazine Poly, janvier 2022

Les défis qui persistent — chiffres réels

Ces réussites se sont construites malgré des obstacles systémiques documentés par les Nations Unies, l’UNESCO et des études universitaires.

  • Seulement 22 % des professionnels de l’IA dans le monde sont des femmes (UNESCO, 2019). En Afrique, les femmes représentent moins de 14 % de ceux qui ont des compétences en IA (Union africaine, 2024).
  • Les biais algorithmiques touchent directement les femmes : l’étude Gender Shades a démontré des taux d’erreur jusqu’à 34 % plus élevés pour les femmes à peau foncée dans les systèmes d’IBM, Microsoft et Amazon.
  • Plus de 2 000 langues africaines disposent de très peu ou d’aucune ressource numérique en IA — creusant un fossé entre populations anglophones/francophones et le reste du continent.
  • 60 % des femmes africaines n’ont jamais reçu de formation numérique, et 34,7 % ne possèdent aucun appareil numérique (rapport ImpactHER / UA CIEFFA, 2024).
  • La fuite des cerveaux reste un défi majeur : les spécialistes africains en IA ont tendance à s’installer a l’etranger après leur formation, affaiblissant les capacités locales.

IMPACT

Pourquoi leur présence change tout

Les contributions de ces femmes ne sont pas symboliques. Elles ont des effets mesurables sur la qualité et l’équité des technologies mondiales.

IA moins discriminatoireL’étude Gender Shades de Buolamwini et Gebru a directement conduit IBM, Microsoft et Amazon à revoir leurs systèmes de reconnaissance faciale après avoir révélé leurs biais systématiques.
Langues africaines en ligneMasakhane, co-fondée par Siminyu, a contribué à la création de ressources NLP pour des dizaines de langues africaines auparavant invisibles dans l’IA mondiale.
Formation sur le continentLe programme AWITAI (UNESCO + Maroc) a formé 80 femmes de 28 pays africains en IA en 2024, avec des subventions de 10 000 à 30 000 USD pour 30 projets entrepreneuriaux.Recherche fondamentaleAdji Bousso Dieng, premiere femme noire a remporter le prix Savage Award, developpe a Princeton des methodes d’IA appliquees aux sciences naturelles et a la sante.

POUR LES JEUNES FILLES

Les portes sont ouvertes et ces femmes les tiennent

Adji Bousso Dieng a commencé grâce à un concours pour filles africaines en STIM. Timnit Gebru est arrivée aux Etats-Unis à 16 ans sans réseau ni ressources. Kathleen Siminyu a commencé dans une petite entreprise de télécommunications à Nairobi avant de co-fonder un mouvement continental. Joy Buolamwini a transformé une expérience d’humiliation technologique en recherche qui a changé l’industrie mondiale.

Aucune n’avait de feuille de route. Toutes ont tracé la leur. Des programmes existent aujourd’hui pour accompagner la prochaine génération : le programme AWITAI de l’UNESCO pour les femmes entrepreneures africaines en IA, la Masakhane Research Foundation pour la recherche NLP en langues africaines, l’Algorithmic Justice League, et le Deep Learning Indaba qui forme chaque année des centaines de chercheurs africains en IA.

L’intelligence artificielle de demain sera construite à Nairobi, à Dakar, à Addis-Abeba et à Casablanca — autant qu’à San Francisco ou à Londres. La question n’est pas de savoir si les femmes africaines ont leur place dans ce futur. Elles sont en train de le construire.

Vous voulez vous lancer dans l’IA ?Des ressources gratuites, des bourses et des communautés existent pour les jeunes filles qui veulent se former :Masakhane  ·  AWITAI UNESCO  ·  Algorithmic Justice League  ·  Deep Learning Indaba  ·  Girls Who Code

PAR Awa Diouf — Africtivistes Citizenlan Senegal