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Diomaye, Sonko, et nous : ce que cette crise dit vraiment de la démocratie sénégalaise !

• Publié le 15 juin 2026

Le 22 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye met fin aux fonctions de Ousmane Sonko En tant que Premier ministre. Pour de nombreux jeunes Sénégalais, cette décision résonne comme une rupture avec l’espoir né en 2024 autour de ce tandem politique. Mais au-delà des réactions qu’elle suscite, c’est surtout la solidité de nos institutions démocratiques et la vigilance citoyenne qui sont aujourd’hui mises à l’épreuve.

Il faut se souvenir du contexte. En 2024, des millions de Sénégalais dont une majorité de jeunes ont voté pour un ticket, pas seulement pour un homme. Le slogan était clair: «Diomaye mooy Sonko» Diomaye, c’est Sonko. Un projet commun, une promesse de rupture avec l’ancien système, une promesse de justice et de transparence.

Deux ans plus tard, ce ticket est brisé. Et le slogan est tourné en dérision : «Diomaye du Sonko» Diomaye n’est pas Sonko. La désillusion a un nom, des dates, et des visages.

CHRONOLOGIE  

Juillet 2025 : Ousmane Sonko lors d’un conseil politique du parti  Pastef, dénonce un « problème d’autorité » dans le pays. Il demande la mise en place d’un  État parti. 

Novembre 2025: Ousmane Sonko organise un meeting de démonstration de force, accuse certains ministres et proches du Président d’alimenter les divisions et les met en cause pour des malversations présumées.

Novembre 2025: le chef de l’État restructure la coalition Diomaye Président en nommant Aminata Touré, superviseure générale. 

Mai 2026 : Bassirou Diomaye Faye face à la presse nationale, critique la « personnalisation excessive » du Pastef. 

22 mai 2026 : Sonko est limogé de ses fonctions de Premier ministre.

Que deux dirigeants se disputent, ça arrive partout dans le monde. Le problème, c’est quand les règles du jeu commencent à plier sous les ambitions personnelles.

Prenons un exemple concret. Après son limogeage, l’ex PM a revendiqué son siège de député à l’Assemblée nationale. Sauf qu’en novembre 2024, il avait lui-même renoncé publiquement à ce mandat selon plusieurs observateurs et son suppléant exerçait ces fonctions depuis près de deux ans. La récupération de son siège de parlementaire est lu politiquement comme une tentative de se protéger politiquement avec les institutions de la République.

«Ce qui choque, c’est l’exploitation manifestement politique de nos institutions à des fins personnelles.»

De son côté, Diomaye Faye gouverne sans une majorité politique. Sonko reste président du Pastef, le parti majoritaire à l’Assemblée. Résultat : le président de la République a dû restructurer la coalition gagnante pour se constituer une majorité. Cette situation bloque les réformes et paralyse l’action publique pendant que les Sénégalais attendent des réponses sur l’emploi, la santé, le coût de la vie.

Beaucoup de jeunes se sentent trahis. C’est légitime. Mais la trahison la plus grave ne serait pas de se détourner de la politique, ce serait d’abandonner le terrain aux seuls politiciens.

Les institutions ne sont pas des abstractions. Ce sont les règles qui protègent tout le monde, surtout les plus vulnérables, quand les hommes au pouvoir changent. Quand ces règles sont contournées ou instrumentalisées, c’est nous qui perdons, pas les dirigeants, qui eux trouveront toujours un moyen de s’en sortir.

Le Sénégal a traversé des crises politiques avant celle-ci. À chaque fois, c’est la vigilance des citoyens, pas la sagesse des élites qui a permis à la démocratie de résister.

Aujourd’hui, la vraie question n’est pas «Qui a tort entre Diomaye et Sonko ?» La vraie question, c’est : est-ce qu’on va laisser cette crise affaiblir les règles qui nous protègent tous ?

Ce que chaque citoyen peut faire dans ce contexte: suivre les décisions institutionnelles pas seulement les clashs sur les réseaux, vérifier les informations avant de les partager, exiger des élus qu’ils respectent leurs engagements publics. Ce n’est pas du militantisme c’est de la citoyenneté ordinaire.

Par Mamadou Diop