Bassirou Diomaye Faye seul au sommet face à son destin présidentiel !

Longtemps présenté comme le «dauphin», Bassirou Diomaye Faye est aujourd’hui l’unique homme fort de l’État sénégalais. Après plus de deux ans de compagnonnage avec Ousmane Sonko et le Pastef, il gouverne désormais seul, avec un gouvernement de technocrates, sans base politique solide et face à une Assemblée nationale présidée par son ancien allié. Que valent ces deux ans ? Et à quoi vont ressembler les trois prochains ?
Élu le 24 mars 2024 dès le premier tour avec plus de 54,28 % des suffrages, Bassirou Diomaye Faye est arrivé au pouvoir avec une promesse forte : la rupture. Rupture avec la mauvaise gouvernance, rupture avec le système, rupture avec la Françafrique… Deux ans plus tard, le bilan est contrasté.
Sur le plan de la transparence financière, le gouvernement a commandé dès avril 2024 un audit approfondi des finances publiques de 2019 à 2024. Cet audit a révélé une dette “ cachée” : 132 % du PIB, dont 4 % d’arriérés intérieurs. “ Une découverte douloureuse, mais un acte courageux de vérité publique.” selon l’ex Premier Ministre Ousmane Sonko durant une conférence de presse devenue historique tenue le 26 septembre 2024.
Sur le plan économique, le déficit budgétaire a été réduit de 13,4 % du PIB en 2024 à 7,8 % en 2025 un effort considérable selon le FMI lui-même. Pour 2026, le président a présenté un plan d’investissement de plus de 561 milliards de FCFA ciblant l’éducation, la santé, les infrastructures et le numérique.
Les réformes judiciaires, pourtant promises phare de la campagne, peinent à se concrétiser malgré la tenue d’assises de la justice en mai 2024. La reddition des comptes des dignitaires de l’ancien régime avance lentement, nourrissant la frustration des jeunes qui avaient voté pour la rupture. Cette lenteur fait partie des principales sources de tension avec Sonko, plus offensif sur ce sujet.
La dette a aussi forcé les deux hommes à des arbitrages douloureux. Au lieu du programme de souveraineté promis, ils ont dû appliquer une cure d’austérité, négocier avec le FMI et contenir un déficit hérité hors normes. Un piège économique qui a conditionné toute la gouvernance.
La responsabilité première de ce scandale incombe à l’État sénégalais, puisque la gestion de la dette et la transmission des données budgétaires relèvent de sa compétence. La décision de cacher des chiffres a donc été avant tout politique et administrative. Mais le problème ne se limite pas au Sénégal.»
La dette cachée du Sénégal et les zones d’ombre du FMI — Afrique XXI, mars 2026
Le 1er juin 2026, le Président Bassirou Diomaye Faye a formé un gouvernement de 30 membres dominé par des technocrates. Le Pastef, première force politique du pays avec 130 députés sur 165, a refusé d’y participer. Si on peut noter des membres de Pastef dans le gouvernement, le président gouverne donc sans partisane, avec un gouvernement sans soutien politique apparent et une Assemblée tenue par Sonko. Un équilibre inédit, fragile et risqué.
La cohabitation institutionnelle au Sénégal est inédite. Sonko préside une Assemblée dont le parti contrôle 79 % des sièges. Chaque budget, chaque loi, chaque réforme devra être négociée avec lui. Si ce dernier choisit le blocage systématique, le pays peut se retrouver dans une paralysie institutionnelle à la fois coûteuse et dangereuse pour les citoyens. Sonko a promis «pas de blocage» ses actes diront s’il tient parole.
Deuxième défi : l’économie. Entre 2026 et 2028, le Sénégal devra rembourser près de 14 870 milliards de FCFA au titre du service de la dette. Les négociations avec le FMI se poursuivent. L’objectif est de ramener le déficit à 3 % du PIB d’ici 2027. Une trajectoire possible mais qui nécessite une stabilité politique que la situation actuelle ne garantit pas.
Troisième défi : la légitimité politique. Diomaye Faye a été élu sur un programme co-porté avec Sonko. Il gouverne maintenant sans lui, avec des technocrates, et en tant qu’indépendant. Sa coalition «Diomaye Président», relancée en novembre 2026, devra prouver qu’elle peut être autre chose qu’une force médiatique La prochaine échéance présidentielle est en 2029.
Cette configuration inédite crée paradoxalement une opportunité pour la participation citoyenne. Un président sans parti fort est un président plus dépendant de l’opinion publique et donc potentiellement plus sensible aux demandes des citoyens organisés. C’est le moment ou jamais pour les organisations de la société civile, les médias indépendants et les citoyens engagés d’exiger transparence, accès aux données publiques et redevabilité sur les engagements pris.
Suivre l’exécution du budget 2026, surveiller les votes à l’Assemblée nationale et demander des comptes sur la dette publique ne sont pas des actes militants : ce sont des gestes de citoyenneté active.
Dans le contexte politique actuel, cette vigilance citoyenne est plus nécessaire que jamais. Cela implique de suivre les décisions du gouvernement et les votes des députés à travers les sources officielles, de comprendre l’état de la dette publique et son impact concret sur le financement des services publics, et de ne pas réduire le débat politique à une opposition entre Diomaye et Sonko.
L’enjeu principal reste le programme, les politiques publiques et leurs résultats. Les citoyens doivent pouvoir exiger de tous les élus et responsables publics, quel que soit leur camp politique, qu’ils rendent compte de leurs actions en toute transparence.
Par Mamadou Diop