De la Primature au Perchoir: le retour en force de Ousmane Sonko

Quatre jours seulement après son limogeage par le président Diomaye Faye, Ousmane Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026. Un retournement de situation spectaculaire et une séquence qui soulève des questions fondamentales sur le respect des règles dans notre démocratie.
Le 22 mai 2026, Diomaye Faye signe un décret : Ousmane Sonko est relevé de ses fonctions de Premier ministre. La question qui se pose dans tous les foyers est: que va faire l’homme politique le plus populaire du Sénégal, chef du parti majoritaire à l’Assemblée nationale ?
La réponse est venue quatre jours plus tard. Le 26 mai, l’ancien PM se présente à l’hémicycle. Après une réintégration fast track, il se fait élire président de l’Assemblée nationale à 132 voix sur 133, et prend place dans le fauteuil de la deuxième institution du pays. Malick Ndiaye, président sortant, avait démissionné pour lui laisser la place.
En novembre 2024, Ousmane Sonko avait conduit la liste du Pastef aux élections législatives. Après la victoire de son parti, il avait choisi, publiquement, devant les caméras de la RTS, de rester Premier ministre et de renoncer à son siège de député. Son suppléant avait été installé et exerça ces fonctions pendant près de deux ans.
Aujourd’hui, Sonko est réintégré. L’opposition estime que cette démission était définitive et irrévocable. Pour ces députés, le permettre constitue un précédent dangereux et viole la constitution en son article 54. Pour certains observateurs, ce serait un précédent dangereux. Demain, n’importe quel responsable politique pourra abandonner un mandat, puis le récupérer quand ça l’arrange.
«Ce qui se déroule sous les yeux des citoyens dépasse les simples rivalités politiques : il s’agit d’une véritable crise d’éthique publique et d’un défi lancé à nos institutions.»
Dans son premier discours, le tout nouveau Président de l’Assemblée nationale promet «pas de vendetta», «pas de blocage», «pas de chaos». Des mots rassurants. Mais la réalité institutionnelle est plus complexe : il reste président du Pastef, le parti qui détient 130 sièges sur 165 à l’Assemblée. En cumulant la présidence du parti majoritaire et celle du Parlement, Sonko contrôle désormais le pouvoir législatif dans son intégralité.
Face à lui, Diomaye Faye gouverne avec un nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, économiste indépendant sans base partisane. Chaque réforme, chaque budget, chaque loi devra passer par une Assemblée que Sonko préside. La cohabitation s’annonce électriquement tendue.
EN CHIFFRES 165 sièges à l’Assemblée · 130 députés Pastef · 132 voix pour Sonko · Boycott de l’opposition · Nouveau PM nommé le 25 mai 2026
Pour les jeunes Sénégalais qui avaient voté pour le changement en 2024, cette séquence est déstabilisante. On avait élu des hommes qui promettaient de rompre avec les pratiques anciennes: l’instrumentalisation des institutions, le cumul des pouvoirs, l’intérêt personnel avant l’intérêt général. Ce que l’on observe aujourd’hui ressemble trop à ce qu’on voulait quitter.
La démocratie ne se résume pas à des élections. Elle se construit, jour après jour, dans la fidélité aux engagements publics et dans le respect des règles même quand ça désavantage ceux qui les font. C’est ce qu’on appelle l’éthique en politique.
Ce que chacun peut faire: s’informer sur les rôles exacts de chaque institution: Assemblée, gouvernement, présidence, exiger des élus qu’ils respectent leurs engagements publics, même quand ça ne leur coûte pas, ne pas confondre popularité et légitimité institutionnelle.
La première responsabilité du citoyen est de comprendre le cadre dans lequel s’exerce le pouvoir. Connaître les attributions précises de l’Assemblée nationale, du gouvernement et de la présidence, c’est se donner les moyens de distinguer ce qui relève de chaque institution, d’identifier les responsabilités, et de ne pas se laisser désorienter par les discours qui brouillent volontairement les frontières. Cette connaissance n’est pas réservée aux sachants: elle est la condition d’un regard politique et citoyen lucide.
Par Mamadou Diop